Cher.e.s patient.e.s,
ATTENTION : Je me joins au mouvement de grève nationale et je ferme mon cabinet du 05/01/26 au 10/01/26 au moins.
Motifs :
Trigger warning : pour une fois je parle aussi au nom d'un syndicat (Jeunes Médecins IDF) mais en aucun cas au nom de mes autres employeurs et autres affiliations. A noter également : on ne parle plus de "P"LFSS : ce n'est plus un projet = la loi A ETE VOTEE ... J'ai laissé le "P" par commodité.
Chers patients,
Chaque automne, on vous présente le Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) comme un exercice technique, réservé aux experts, aux tableaux Excel et aux débats feutrés du Parlement. En réalité ce texte n’est pas abstrait.
Il ne concerne pas “le système”. Il vous concerne directement. Vous.
Il décide :
Cette année, derrière un discours de “maîtrise des dépenses”, cinq mesures dessinent une trajectoire très claire. Prises séparément, elles peuvent sembler techniques.
Mises bout à bout, elles produisent un résultat limpide : moins de médecins, moins de liberté médicale, plus de contrôle administratif, des coûts déplacés vers vous… et au final, des patients qui n’auront plus accès aux soins au bon moment.
Et dans un système de santé, cela finit par tuer des gens.
Nous avons décidé de vous expliquer précisément ce qu’il se passe pour que vous puissiez vous faire une opinion sur le sujet, pour mieux comprendre ce qui va arriver bientôt.
L’ONDAM, c’est le budget annuel alloué aux soins. Cette année, il augmente moins vite que l’inflation.
Dit simplement : se soigner coûte de plus en plus cher, mais l’argent alloué n’augmente pas en proportion. Dans n’importe quel autre secteur, on appellerait cela une baisse de budget.
Pour vous, cela signifie :
Ce n’est pas une réforme structurelle, c’est une économie faite sur le dos de patients qui cotisent pourtant massivement à la solidarité nationale. Une économie décidée pour équilibrer des tableaux Excel, pas pour améliorer votre prise en charge.
Sur le papier, la mesure paraît anodine. Dans la réalité, elle est dévastatrice.
La remise en cause du cumul emploi-retraite va conduire 10 à 20% des médecins concernés à arrêter purement et simplement de travailler. Pas à lever le pied. À partir.
Ce sont souvent les médecins les plus expérimentés, ceux qui tiennent des cabinets entiers, qui assurent la continuité des soins dans des territoires déjà sous tension, qui forment et supervisent les plus jeunes.
Pourquoi vont-ils partir ? Parce que continuer à soigner devient :
C’est un effet de bord massif, parfaitement prévisible, mais ignoré. Et pour vous, cela signifie moins de médecins disponibles, plus de délais, plus de renoncements aux soins. A titre d’exemple, 17% des dermatologues en activité sont en cumul emploi-retraite… Voulez-vous vraiment voir les délais de rendez-vous passer à … 2 ans ?
C’est l’une des mesures les plus graves de ce PLFSS.
La CNAM pourrait désormais modifier unilatéralement les tarifs des actes médicaux, sans réelle négociation avec les médecins. On sort d’un système conventionnel négocié pour entrer dans un pilotage administratif de la médecine.
Concrètement, cela permet de piloter l’offre de soins par le prix, depuis un tableur.
Imaginez deux situations :
Que croyez-vous qu’il se passera ?
Ce ne sera plus la clinique, votre histoire ou votre situation qui guideront les choix. Ce sera l’indicateur budgétaire.
Autre pilier du PLFSS : la mise sous objectif.
Cela signifie :
Le message est clair : le médecin devient un prescripteur suspect par défaut.
Pour vous, cela change tout. Un arrêt de travail n’est plus une décision médicale fondée sur votre état de santé, mais un risque juridique pour celui qui vous soigne. Une prescription devient un acte administratif sous surveillance.
À la fin, ce ne sont pas les abus qui disparaissent. Ce sont les situations légitimes, complexes, humaines, qui ne trouvent plus de réponse. Votre médecin ne vous fera plus d’arrêt de travail, même quand vous en aurez besoin.
Dernier point, non des moindres, c’est la « cerise sur le gâteau » : les mutuelles.
Une taxe d’environ un milliard d’euros leur est imposée (et c’est tant mieux) mais avec un engagement de modération… limité à un an. Autrement dit aucun garde-fou sérieux n’est mis en place :
Soyons clairs : cette taxe sera répercutée sur vos cotisations. Pas immédiatement. Mais dès 2027, sur vos contrats.
Le gagnant n’est ni l’Assurance maladie, ni les soignants. Le perdant, c’est vous.
Vous allez payer plus cher, pour être moins remboursé… bon deal ?
Il y a plein d'autres mesures absurdes dans ce PLFSS (dé-remboursement des prescriptions du Secteur 3, système de bonus / malus pour les hôpitaux, etc.) mais il fallait bien focaliser sur certains points.
Pris ensemble, ces choix dessinent une logique cohérente du point de vue de l’état : sous-financer, contrôler, contraindre, administrer, puis déplacer les coûts. Mais totalement incohérente pour les patients car cette logique a des conséquences très concrètes pour vous :
La santé ne se pilote pas durablement à coups de tableurs.
ALORS DU 5 AU 15 JANVIER, LES MEDECINS SE METTENT EN GREVE.
Et si nous faisons grève, ce n’est pas contre vous. Nous faisons grève POUR VOUS. Pour que vous puissiez encore, demain, trouver un médecin quand vous en aurez réellement besoin.
je serai remplacée par un médecin remplaçant, Chloé BOMBARDE, tous les mercredis (sauf exceptions …).
N'hésitez pas à prendre RDV avec elle, via les procédés habituels !
- J'accueille des étudiants en médecine de 6 e année (internes), qui donc sont susceptibles de commencer la consultation avec vous en mon absence, suivi d'un debriefing avec moi. Merci de leur réserver le meilleur accueil !
- Tous les jours, j'ai des créneaux d'urgence, qui ne s'ouvrent que 24h avant...merci de respecter les conditions de prise et de ne les réserver que en cas d'urgence ! Si jamais il n'y en avait plus de dispo, faire le 15....De même, bien sûr, faire le 15 en cas d'urgence vitale !
A bientôt !
Dr P.PRESUMEY
Afin de garantir la qualité des soins le cabinet n’accepte plus de nouveaux patients, merci de votre compréhension.
Aucune demande d'ordonnance, de prescription de transport, de certificat médical, de lettre d'adressage à un spécialiste, de dossier handicapé... ne sera traitée par message. Merci de prendre un rendez-vous pour ces motifs.